Maryse Parent

La gestion de l’hygiène menstruelle dans la région DIANA, à Madagascar, se heurte à une série de défis complexes qui compromettent le bien-être et la dignité des femmes et des filles. Parmi ces obstacles figurent la pauvreté généralisée, la pénurie de produits menstruels appropriés sur le marché, l’accès limité à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires adéquates, ainsi que le manque d’éducation et de dialogue sur la santé menstruelle. En outre, la persistance de croyances et de normes sociales stigmatisantes, associée à l’absence de services spécialisés et de financements dédiés, aggrave cette situation. Ces difficultés sont d’autant plus importantes en raison d’un leadership insuffisant au sein des secteurs techniques décentralisés concernés.

Les données relatives à la région DIANA dressent un tableau préoccupant de la situation de l’hygiène menstruelle. Environ 60 % de la population vit dans la précarité, rendant l’acquisition de produits menstruels inabordable pour de nombreuses femmes. En conséquence, 71 % d’entre elles recourent à des solutions non hygiéniques, telles que l’utilisation de tissus domestiques. De plus, le manque d’infrastructures adaptées et la persistance de tabous sociaux contribuent à une gestion inappropriée des menstruations, avec des répercussions directes sur la vie sociale, scolaire et professionnelle des femmes.

Face à cette situation, le Projet PAHYME, initié par l’ONG AZIMUT en partenariat avec la Direction Régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (DREAH) DIANA, et soutenu financièrement par l’Association Projets Étudiants pour la Solidarité de l’Université Grenoble-Alpes, a été lancé en 2022. Ce projet a pour objectif de répondre de manière globale aux besoins urgents en matière d’hygiène menstruelle dans la région. À travers des actions ciblées de sensibilisation, de lutte contre la précarité menstruelle et de soutien psychosocial, le projet aspire à générer un changement durable et positif au sein de la communauté.

Dans le cadre de son engagement continu en faveur de la sensibilisation à l’hygiène menstruelle, le projet PAHYME a activement participé à l’organisation de la Journée Mondiale de l’Hygiène Menstruelle (JMHM) 2024 à Diego-Suarez. Les festivités, qui se sont déroulées du 28 au 31 mai, étaient placées sous le thème : « Ensemble pour un monde où l’hygiène menstruelle est respectée », ou en malgache : « Ndao hiarahientana hanampy ireo vehivavy hiatrika ny fadimbolana am-pitoniana ».

Dans le cadre des célébrations, plusieurs concours artistiques et culturels ont été organisés sous le thème « Un monde sans tabou autour des menstruations ». Ces activités ont permis d’impliquer la communauté, notamment les élèves, établissements scolaires et associations locales, tout en promouvant des messages clés liés à l’hygiène menstruelle.

Les concours, répartis en trois catégories – slam, théâtre et dessin – ont rassemblé 9 participants pour le slam, 6 groupes pour le théâtre et 9 candidats pour le dessin.

Le 31 mai, un vote public s’est tenu à la Maison de la Culture et de la Communication « Banja » pour déterminer les créations les plus populaires. Les performances ont été marquées par une forte créativité et un engagement des participants, qui ont présenté leurs plaidoyers sous des formes artistiques variées.

Chaque catégorie disposait de récompenses distinctes afin de valoriser les efforts et la créativité des participants : un chèque de 300 000 Ariary pour la 1ère place, de 200 000 Ariary pour le 2ème place et de 100 000 Ariary pour la 3e place.

Ces activités ont permis de :

  • Mobiliser la communauté : Plus de 200 personnes, incluant des jeunes, des parents, des leaders d’entités publiques et privées, ont participé activement à l’événement (Annexe 1).
  • Promouvoir le dialogue : Les concours ont constitué une plateforme pour démystifier les menstruations, encourager un changement de perceptions et réduire les stigmatisations associées.
  • Renforcer les partenariats : L’implication des établissements scolaires, des associations et des institutions publiques a consolidé les relations et les actions communes pour l’avenir.
  • Utiliser les médias : La visibilité des activités a été renforcée grâce à une couverture digitale et médiatique accrue, permettant une sensibilisation au-delà de la ville (Annexe 2).

La JMHM 2024 à Diego-Suarez a été un franc succès, notamment en permettant à des jeunes, filles et garçons, de s’exprimer sur un sujet nouveau et en mobilisant des participants issus de divers horizons. Cet événement a ouvert la voie à une dynamique positive, où les personnes mobilisées pourraient être à nouveau sollicitées pour sensibiliser d’autres groupes. En combinant créativité artistique et engagement communautaire, cette initiative a été une étape importante vers une meilleure compréhension et une acceptation sociale des enjeux liés à l’hygiène menstruelle.

Public présent au concours sous le thème « Un monde sans tabou autour des menstruations »
Public présent au concours sous le thème « Un monde sans tabou autour des menstruations », 31 mai 2024, Maison de la Culture et de la Communication « Banja » à Diégo-Suarez

 

Le projet PAHYME vise à mobiliser les OSC de jeunes dans la lutte contre la précarité menstruelle et les tabous entourant les menstruations. Dans ce cadre, plusieurs initiatives ont été menées en partenariat avec des associations locales de jeunes, notamment GCC et Fanilon’i Madagascar, pour sensibiliser la communauté et promouvoir des comportements responsables en matière de SHM.

À la suite des renforcements de capacités organisés en juillet et août 2024, GCC a bénéficié d’une subvention d’un million d’ariary afin de les encourager à mener des activités en lien avec la thématique du projet. Accompagnée par Azimut, l’association GCC a ainsi pu mettre en œuvre les initiatives décrites ci-dessous.

Un sondage sur la précarité menstruelle a été réalisé par GCC courant octobre 2024 auprès d’une trentaine d’étudiants et d’étudiantes de l’Université d’Antsiranana, permettant de mieux comprendre les difficultés et les perceptions liées à la gestion menstruelle.

Les résultats du sondage ont révélé des conditions préoccupantes pour les étudiantes, telles que des infrastructures sanitaires inadaptées, un accès limité à l’eau potable et un environnement insalubre. Afin d’attirer l’attention des autorités locales et mobiliser des ressources pour améliorer ces conditions, un reportage vidéo a été réalisé et diffusé sur les réseaux sociaux, présentant les résultats du sondage et appelant à des mesures concrètes pour améliorer les infrastructures et garantir l’accès à des produits d’hygiène menstruelle.

La précarité menstruelle, 10 octobre 2024
Sondage auprès des étudiants et étudiantes du campus de l’UNA sur la précarité menstruelle, 10 octobre 2024

Le 7 décembre 2024, un concours inter-associations universitaires intitulé « Défi PAHYME : Campus Propre » a été organisé pour promouvoir une gestion responsable des déchets liés aux produits hygiéniques. Cette initiative visait à sensibiliser la communauté universitaire à l’importance d’un environnement sain et à encourager la prise de responsabilité concernant les déchets menstruels et autres (préservatifs, couches, etc.).

L’événement a mobilisé six associations, qui ont été équipées pour collecter et nettoyer les espaces ciblés. Les associations ont été évaluées sur l’amélioration de la propreté par rapport à l’état initial des lieux, ainsi que sur leurs efforts pour sensibiliser leur entourage pendant l’action. À l’issue du concours, des inserts et supports lavables ont été distribués : les femmes participantes ont reçu ces dispositifs, et certains hommes ont pu en offrir à leurs partenaires. Au total, 30 inserts et supports ont été distribués.

Universitaires participants au concours de nettoyage
Universitaires participants au concours de nettoyage « Défi PAHYME : campus propre », 07 décembre 2024, Université d’Antsiranana
Équipe de GCC, organisateurs du concours universitaire
Équipe de GCC, organisateurs du concours universitaire « Défi PAHYME : campus propre », 07 décembre 2024, Université d’Antsiranana

En janvier 2023, Azimut a équipé le CEG de Référence et le CEG PK3 d’une armoire à pharmacie, permettant aux établissements de gérer les premières douleurs menstruelles des collégiennes et du personnel. Initialement supervisée par un chargé du projet PAHYME, diplômé en médecine, cette initiative louable[1] a cependant soulevé des questionnements après son départ, notamment sur la gestion efficace et sécurisée des armoires en l’absence d’un encadrement médical direct. L’élaboration de protocoles clairs pour l’administration des médicaments est rapidement apparue comme une nécessité.

Avant le retrait des médicaments des armoires à pharmacie, la directrice du CEG de Référence a rapporté que de nombreuses élèves demandaient des antidouleurs pendant leurs menstruations. Cette observation témoigne du besoin pressant de ce dispositif, mais également de son rôle essentiel dans l’amélioration du bien-être des élèves.

Installation de la boîte à pharmacie
Installation de la boîte à pharmacie dans le bureau du surveillant principal du CEG PK3 à Antsiranana, janvier 2023

Pour relever ces défis, Dr N’DIYAE Doudoune Brigitte, médecin consultante, a été mandatée par la DREN DIANA en septembre 2024, avec un financement assuré par le projet PAHYME. Sous la recommandation de Mme HERIHARINORO Vestalys, docteure de la DREN DIANA, et de Mme NJARISOA Virginie responsable de la santé scolaire DREN DIANA, elle a élaboré des procédures standardisées pour la gestion des armoires à pharmacie et leur mise en œuvre dans les établissements scolaires.

Procédures de gestion de l’armoire à pharmacie
Réunion d’échange sur les Procédures de gestion de l’armoire à pharmacie, 17 décembre 2024, Azimut

Les 17 décembre 2024, la Dr N’DIYAE a présenté ses propositions lors d’une table ronde réunissant la DREN DIANA et les directions des CEG. Après validation, la responsable de la santé scolaire, le médecin consultant et la chargée de projet ont élaboré les documents de rapportage nécessaires pour les établissements. Une seconde table ronde a ensuite permis d’approuver officiellement le manuel de gestion de la boîte à pharmacie le 29 janvier 2025 lors d’une cérémonie officielle à la DREN DIANA, cette fois ci en présence du comité de gestion des pharmacies.

Des fiches médicales ont été distribuées aux élèves : seuls ceux ayant retourné ces fiches avec autorisation parentale pourront bénéficier des antidouleurs mis à disposition. Fin février, les pharmacies des collèges ont été réapprovisionnées en antidouleurs. En réponse aux demandes des établissements, 20 paquets de serviettes hygiéniques jetables ont également été achetés et mis à disposition des élèves pour prévenir les interruptions de cours.

Réunion de validation du manuel de procédure de gestion de l’armoire à pharmacie
. Réunion de validation du manuel de procédure de gestion de l’armoire à pharmacie, salle de réunion DREN DIANA, 29 janvier 2025.

Les comités de gestion ont été constitués et les surveillants chargés de l’octroi des médicaments formés par la médecin consultante le 18 décembre 2024.

Chaque CEG dispose d’un comité de gestion incluant :

  • Le directeur de l’établissement : Participera aux audits internes pour garantir le bon fonctionnement de l’armoire à pharmacie.
  • La responsable de la santé scolaire au sein de la DREN : Supervisera l’ensemble des activités liées à la gestion de l’armoire à pharmacie.
  • L’infirmier scolaire : Garantira la bonne administration des médicaments et le suivi des élèves concernés.
  • Deux surveillants responsables de l’octroi des médicaments : Seront chargés des interrogations préalables, de la consultation, de la délivrance des ordonnances, et de l’administration des médicaments.
  • Un représentant des élèves : Recueillera les besoins spécifiques des élèves en matière de santé et d’hygiène menstruelles.
  • Un représentant des parents d’élèves : Contribuera à la pérennisation du stock de médicaments.

Chaque membre dispose des outils nécessaires pour remplir ses fonctions et assurer un suivi efficace, tant au sein des établissements qu’auprès de la DREN. Cette dernière prend sous sa responsabilité le suivi trimestriel de la gestion des armoires à pharmacie. Elle élaborera un rapport annuel succinct de suivi et d’évaluation du dispositif d’appui pharmaceutique qu’elle soumettra à Azimut afin d’identifier d’éventuels ajustements à apporter ou des appuis supplémentaires à fournir pour optimiser le fonctionnement du dispositif.

L’implication des autorités scolaires permet désormais une prise en charge sûre et structurée des douleurs menstruelles dans les CEG. Cette initiative a été chaleureusement accueillie par la communauté scolaire, qui en a souligné l’importance et l’utilité.


[1] Avant le retrait des médicaments des armoires à pharmacie, la directrice du CEG de Référence a rapporté que de nombreuses élèves demandaient des antidouleurs pendant leurs menstruations. Cette observation témoigne du besoin pressant de ce dispositif, mais également de son rôle essentiel dans l’amélioration du bien-être des élèves.


Début 2019, l’ONG Azimut, la Fondation Majany du Luxembourg et le Club 201 Diego Suarez se sont retrouvés autour d’une table à Diego Suarez pour explorer les initiatives à fort impact sur le thème de l’éducation à l’environnement.

Le trio a décidé de se rallier à la vision nationale « Madagasikara rakotr’ala » (Traduction littérale : Recouvrir Madagascar de forêt) qu’appuie le Ministère de l’éducation à travers son programme « un élève, un arbre ». Pour la campagne 2020-2021, l’État Malagasy vise la couverture arborée de 40 000 hectares.


Forts de leur expérience en gestion de pépinières et en mobilisation citoyenne, Azimut et le Club 201 Diego Suarez ont souhaité appuyer la Direction Régionale de l’Éducation Nationale Diana dans l’atteinte de cet objectif. Une école primaire publique de la Commune rurale de Joffreville située en périphérie du parc national de la Montagne d’Ambre a été retenue pour initier le projet. Une pépinière scolaire pilote et autonome y sera installée sur une superficie de 50 m2 et produira 10 000 plants par an choisis par les élèves. L’accompagnement à la gestion de la pépinière sera délégué au Club 201 Diego Suarez, une plateforme associative qui poursuit son élan de végétalisation urbaine et périurbaine dans la région Diana.

Le projet intègre un volet d’animation d’activités et d’éducation populaire pour cultiver l’amour de la nature chez les élèves et leur permettre de donner du sens à leurs actions de reboisements et d’embellissements. L’amélioration des conditions d’enseignements relatifs à l’environnement est prise en compte via la dotation de la part d’Azimut de supports d’animations et le renforcement de capacité du corps enseignant.

Les pressions anthropiques exercées sur les ressources forestières ou encore les déviations des cours d’eau pour satisfaire la culture illicite du khat sur le bassin-versant de Besokatra, principal réservoir d’eau de la ville d’Antsiranana, motivent la Commune rurale de Joffreville à investir dans des projets qui permettront à la population d’adopter des comportements écocitoyens.

À l’occasion du lancement de l’activité, le 1er décembre 2020, le premier magistrat de la commune rurale de Joffreville s’est dit confiant dans le potentiel de cette initiative : « Nous pouvons être un modèle de préservation sur notre grande Île » et a invité tous ses administrés à rejoindre cette initiative et à la multiplier à travers l’île.

La pépinière sera opérationnelle dès mars 2021 et fournira les plantules à compter de cette date.

À suivre.

Courant 2018, un consortium d’acteurs s’est mobilisé pour améliorer l’accès à l’eau potable pour les habitants de la Commune rurale de Mangaoka, zone côtière du nord de Madagascar au potentiel de développement économique et social important.

Dans le cadre de la récente mise en place d’un comité de gestion intégrée des zones côtières dans la région DIANA, cet article se propose de donner des pistes de réflexion pour la mise en œuvre de projets de transformation de rivières conciliant enjeux écologiques et développement local.


A Ampasindava, village de tourisme et de pêche du nord de Madagascar, la mise en place du nouveau réseau d’adduction d’eau potable dans la Commune rurale de Mangaoka a été très bien accueillie par la population qui souhaitait, avant même la mise en service, des extensions à d’autres localités environnantes.

L’eau qui alimentera le réseau prend sa source dans la rivière d’Ambararata qui se jette dans le canal de Mozambique à la hauteur du village qui porte le même nom.

Ce réseau permettra l’accès à une eau de qualité aux 3000 habitants d’Ampasindava à l’horizon 2030, dans une zone marquée par des sécheresses saisonnières et où les puits traditionnels rassemblent des eaux de surface polluées, en raison de la défécation à l’air libre et de la proximité du bétail.

Les écosystèmes, au service du bien-être de l’humain

Ampasindava fait face au parc marin de Nosy Hara, où s’abrite un mélange unique d’habitats (mangroves, herbiers, récifs coralliens) et une diversité spectaculaire d’espèces marines. Ce n’est donc pas un hasard si la pêche maritime constitue la principale source de revenu des ménages. Leur disparition serait donc très dommageable pour ces populations et les milieux tropicaux.

Depuis plusieurs années, la population d’Ampasindava, accompagnée par les agents du parc marin, s’investit dans les actions de protection de la mangrove. Les berges de la rivière Ambararata et des collines des alentours sont également ciblées par des actions de reboisements communautaires organisés pour limiter l’érosion des terres.

Pour le gestionnaire du parc marin, la mise en place du réseau d’accès à l’eau potable est un exemple de retombées économiques et sociales promises aux communautés locales en contrepartie du respect de la législation encadrant l’exploitation des ressources et de leur participation aux activités de protection. Toutefois, malgré les efforts accomplis, l’écosystème de la mangrove n’est pas à l’abri des menaces.

Une des causes sous-jacentes de la perte des mangroves malgaches est la croissance vigoureuse de la population dans les zones côtières qui entraîne la surexploitation des ressources. On cite également l’élévation du niveau de la mer et l’ensablement par l’érosion massive des terres déforestées. Des fluctuations dans l’arrivée des eaux à la mer provoquées par les barrages en amont et par les prélèvements pour l’irrigation des récoltes menacent aussi les palétuviers, arbres caractéristiques de la mangrove.

Les écosystèmes, au service des écosystèmes ?

Depuis le démarrage des travaux en août 2019, de nombreux paysans des villages situés en amont d’Ampasindava s’interrogent à propos des impacts de cette infrastructure sur la disponibilité en eau pour d’autres usages, notamment l’irrigation des cultures de maïs et de riz. Une étude effectuée en 2017 par le Conseil Départemental du Finistère et l’ONG Experts Solidaires a mis en évidence que le débit d’étiage de la rivière (0,64 m3/sec) permettra d’en utiliser pour l’agriculture et pour l’alimentation en eau potable de quatre villages, dont celui d’Ampasindava.

Dans le contexte de cette zone de la région DIANA, identifiée comme ayant un fort potentiel de développement économique et social, mais où les besoins en eau croissent en raison de l’augmentation de la population et des changements climatiques, il apparaît nécessaire d’y assurer une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau.

L’ONG Azimut a été chargée de favoriser la mise en place d’un comité de représentants des usagers du nouveau service d’accès à l’eau potable, dont les attributions s’apparentent à celles d’une société civile forte et engagée dans le développement de leur localité. Ce comité a pour rôle de veiller localement au maintien de la qualité du service et au respect des engagements de protection de la ressource en eau par les parties concernées.

Dans le cadre de futurs projets d’extension du réseau et de transformation de la rivière Ambararata les membres de ce comité pourraient être amenés à s’interroger et à interpeller les parties concernées sur les impacts éventuels afin d’anticiper les conflits d’usages qui pourraient survenir entre les pêcheurs en aval et les paysans en amont de la rivière.

Dans l’état actuel, bien que la diminution du débit de la rivière Ambararata par le projet d’adduction d’eau potable soit négligeable, il convient également de s’interroger et de considérer les services rendus à la Nature par la rivière. En effet, les palétuviers poussent dans la zone de balancement des marées et supportent donc l’eau salée mais ont aussi besoin d’eau douce venue de l’amont des rivières pour survivre. La rivière dans sa forme « libre » et « sauvage » ne rendrait-elle pas le plus de services à cette société de pêcheurs ?

L’ONG Azimut est membre du comité régional de gestion intégrée des zones côtières de la DIANA, nouvellement constitué le 19 février 2020. Elle souhaiterait soulever ces questions complexes et relancer les discussions sur les décisions et les politiques de transformation des rivières pour une coexistence respectueuse avec les milieux naturels.

ARTICLE

Dossier : conflits autour de la gestion de l’eau en milieu rural à Madagascar

Les infrastructures d’accès à l’eau à Madagascar, dont la gestion a été déléguée à des associations, sont souvent proie d’actes de vandalisme et de conflits interpersonnels.

La destruction volontaire de ses infrastructures et la dissémination de fausses rumeurs à l’encontre des projets vient décourager voire décrédibiliser les efforts soutenus par les associations villageoises qui ont pour objectif d’améliorer les conditions de vie des populations dans leur localité. Tel était le cas pour quatre associations soutenues par l’ONG Azimut dans la région DIANA en 2018 et 2019.Voici un partage des problématiques rencontrées et des approches adoptées pour tenter de résoudre ces conflits dans les limites de notre portée.


Conflits entre associations gestionnaires : cas de l’association MIRAY

Commune rurale d’Anaborano Ifasy, District d’Ambilobe

Le chef-lieu de la commune d’Anaborano Ifasy compte six puits équipés de pompe à motricité humaine (PPMH) construits en 2013 par le programme MAHEFA (MAlagasy HEniky ny FAhasalamana). À cette époque, une association avait été constituée par puits afin d’en assurer la bonne gestion. Six années plus tard et malgré ce transfert de gestion, les PPMH étaient défectueuses et aucun règlement au service d’accès à l’eau n’avait été mis en place pour en assurer l’entretien.

Au démarrage de la collaboration avec Azimut, cette configuration de gestion a occasionné des conflits d’intérêts entre les membres de l’association MIRAY, porteuse du projet, et les cinq autres associations gestionnaires. Une association est allée jusqu’à s’opposer au technicien local, lorsque celui-ci a souhaité démonter l’une des PPMH défaillante. La création de l’Association des Usagers de l’Eau (AUE), accompagnée d’explications claires et de formations adaptées a permis de résoudre le conflit en laissant place à la participation de chacun.

Voici ce que les membres de l’association MIRAY ont répondu lorsqu’ils ont été interrogés sur ce qu’ils auraient fait différemment s’ils devaient reprendre le projet depuis le début « Nous aurions échangé plus étroitement dès le montage du projet avec les associations des PPMH misent en place par MAHEFA et soutenues par le Maire initialement ».

Actes de vandalisme : cas de l’association FVTMA Antongombato

Commune rurale d’Antsahampano, District Diego II

Les membres de la communauté du fokontany d’Anketrabe II avaient été accusés de vandaliser le tuyau d’approvisionnement en eau du fokontany d’Antongombato. Une réunion a alors été organisée afin d’éclaircir la situation. Ce ne fut qu’après les explications apportées qu’Azimut a compris qu’aucune communication n’avait été faite sur le projet par l’association FVTMA Antongombato auprès de la population d’Anketrabe II au moment de l’installation du réseau alors que les tuyaux traversent des chemins et leurs champs de cultures. Les dégâts sur les tuyaux étaient certainement dû aux passages de charrues ou autres engins agricoles. La réunion a permis d’identifier les moyens de protéger les parties de tuyaux exposées afin d’éviter les dégâts accidentels.

Au village, des vols de robinets nouvellement installés ont été constatés au niveau des bornes fontaines où l’association FVTMA aurait négligé d’effectuer des sensibilisations sur la gestion. Ces actes auraient été commis par des usagers mécontents afin d’avoir accès à l’eau en dehors des heures d’ouverture et de fermeture prévu par l’association. À titre de mesure temporaire afin d’éviter de futures casses, l’association FVTMA a décidé de garder les bornes fontaines ouvertes en tout temps en attendant de renforcer les mesures punitives prévues dans le dina en place. Azimut a toutefois suggéré à l’association, d’être à l’écoute des usagers et de gérer les horaires suivant les besoins des consommateurs. Depuis, plus de casse, les robinets ont été remplacés par l’association, les horaires révisés suivant les besoins et les usagers sensibilisés au respect des infrastructures.

Échanges autour de la convention de gestion : cas de l’association FVMA Ankotika

Commune rurale d’Antranokarany, District d’Ambanja

La journée organisée pour la signature de la convention de gestion entre l’Association des Usagers de l’Eau (AUE) et la Commune a suscité de nombreux débats parmi les usagers sur l’une des obligations de la Commune dans le cadre de la délégation du service de l’eau à la communauté : « Assurer, selon les moyens propres dont elle dispose, la protection de l’Infrastructure qui lui a été confiée par la Collectivité Territoriale et l’État contre les dépréciations et les vols ». Pour les membres de l’AUE du fokontany d’Ankotika, cette rencontre a été l’occasion de clarifier leurs attentes vis-à-vis de leur Commune suite aux actes de vandalisme constatés le lendemain de la fin des réhabilitations, à la veille de la signature de la convention de gestion.

Conflits avec les techniciens locaux : cas de l’association FIVEMIA Andranonakoho

Commune rurale Tanambao Marivorahona, District Ambilobe

Peu de temps après les réhabilitations et la mise en gestion, le seul PPMH du fokontany est tombé de nouveau en panne. Les membres de l’association FIVEMIA soupçonnent un acte de sabotage au niveau de l’infrastructure. Un conflit interpersonnel entre l’unique technicien local et l’association FIVEMIA, n’a pas permis de réparer la pompe jusqu’à ce jour. L’Association des Usagers de l’Eau ne peut malheureusement pas percevoir une cotisation pour un service qu’elle n’est pas en mesure de rendre. Des démarches ont été entreprises auprès de la direction régionale concernée pour aider à la résolution de ce conflit. En cas de conflit avec les techniciens locaux formés et pour permettre aux forces de l’ordre d’intervenir sous les directives de la direction régionale de l’eau, le gestionnaire doit prendre le soin de signer un contrat de prestation avec ces derniers. Dans le cas contraire il sera plus difficile pour la direction d’appuyer la Commune et le gestionnaire dans la résolution du conflit.

Pour conclure…

Malgré l’accompagnement sur la transparence, les sensibilisations sur le bien-fondé des projets et les dialogues ciblés, il a été difficile pour l’équipe d’Azimut d’intervenir sur l’ensemble des rivalités sociales qui peuvent exister au sein d’une communauté en milieu rural. Le tout est renforcé par une valeur sociale malagasy qui privilégie le silence aux confrontations.  Il apparaît évident aux vues des résultats constatés qu’un appui à la gestion de conflit et au renforcement des capacités communicationnelles doit s’opérer bien au-delà de la mise en œuvre du projet.

ARTICLE

La raréfaction de l’eau, au cœur des discussions à Antsiranana

Le tarissement du bassin versant de Besokatra, principal réservoir d’eau d’Antsiranana, est une problématique à risque pour l’alimentation en eau de la ville et ses alentours. Les effets de la raréfaction en eau se font déjà sentir par l’ensemble des couches sociales de la commune urbaine : coupures régulières, faible débit d’eau. Le sujet n’est pas nouveau pour les citoyens d’Antsiranana.

Il est né un « conflit de silence » entre les fournisseurs d’eau et les consommateurs insatisfaits de la ville. Les bruits circulent, les dénonciations fusent et les confrontations sur le sujet ne semblent pas être constructifs aux vues de l’absence d’amélioration manifeste de la qualité du service auprès des usagers. Pour tenter d’éclaircir la situation et proposer d’éventuelles recommandations, l’Organisation de la Société Civile pour l’Environnement Mandresy (OSC-E Mandresy) et ses collaborateurs bénévoles ont mobilisé les différents acteurs de la société et relancé les dialogues de proximité.


Des efforts ont été menés par la JIRAMA, principal fournisseur d’eau potable à Madagascar, pour tenter d’améliorer la situation et répondre aux besoins d’une démographie urbaine en pleine expansion. Malgré les actions entreprises par la JIRAMA pour satisfaire les besoins de près 160 000 citadins, la grande majorité de la population ne perçoit aucun changement de qualité du service.

Courant mai 2018, l’OSC-E Mandresy réalise une enquête sur la distribution de l’eau au niveau de 54 bornes fontaines publiques d’Antsiranana. L’enquête permet d’identifier deux points rouges au sein de la commune : les fokontany d’Ambalakazaha et de Mahatsara. Les résidents des deux quartiers témoignent « De l’eau au compte-goutte, des files de jerrycans, des horaires mal aménagés, voilà notre quotidien ». Des étudiants se plaignent de ne pas dormir suffisamment car ils doivent aller s’approvisionner en eau la nuit, d’autres assistent à leurs cours sans avoir pu se laver. Des citoyens actifs voient leur emploi du temps bousculé et leur productivité au travail affectée. Pour rappeler à la communauté que l’eau est l’affaire de tous et que le manque d’eau vient compromettre la santé sociale et économique de la commune urbaine, l’OSC-E Mandresy a participé à la 7e édition de la Foire Économique Meva, organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Antsiranana du 24 au 27 octobre dernier.

La thématique de l’eau demeure centrale dans le cadre des activités de l’OSC-E Mandresy. En effet, dans la volonté de réinstaurer le dialogue sur le sujet, l’organisation adopte une stratégie aux approches variées : des plaidoiries sous forme de tête à tête avec les autorités locales et régionales en charge de l’eau, des conférences, des émissions télévisées, des sensibilisations et espaces de dialogue dans les quartiers, des expositions photo, des enquêtes sur la satisfaction des usagers sur le service d’accès à l’eau potable… Une feuille de route que l’organisation espère perfectionner dans le temps.